Thérapie familiale chez les mineurs isolés étrangers… ? une impossibilité, un paradoxe, une solu-tion ?
Les Mineurs Isolés Etrangers (MIE), peuvent paraître du fait de leur statut d’isolé comme peu quali-fiés pour une thérapie familiale, mais ils ont eu le plus souvent, avant de se retrouver seuls en France et, malgré leur jeune âge, vu périr leur famille, Ils ont pour la plupart été victimes d’insoutenables vio-lences, ils ont parfois été amenés à faire la guerre à 7, 10 ou 15 ans. Même les MIE missionnés par leur famille, pour « venir » travailler en France, ne peuvent vivre cet « exil » comme un voyage, comme un séjour. Me revient toujours à l’esprit ce jeune chinois, pour qui j’avais dû insister auprès de « l’équipe éducatrice » pour le recevoir, devant une tristesse profonde que je ressentais en le croisant dans la cour du foyer où il était hébergé. Ceux qui l’avaient en charge n’en voyait pas l’utilité « car il ne posait pas de problèmes) il savait pourquoi il était là, pour travailler ».
Peu de temps après le début de la première consultation le voilà qui me déclare « j’étais gentil pour-tant !». Intrigué je lui demande de m’expliquer ce qu’il voulait à l’évidence me dire par là ! « Pourquoi mes parents m’ont jeté comme une poubelle, ça je ne comprends pas ! » et le voilà qui s’effondre. Il était certes missionné, en effet il savait pour quelle raison il était là, il était aisé de croire, (rassurant ?) de penser qu’il n’avait pas été maltraité mais il souffrait intensément.
L’importance pour moi est, comme le montre la situation de ce jeune homme, le constat quel lorsqu’on parle de MIE, l’on parle de victimes ! On ne peut pas être mineur ou même jeune majeur être seul et sans difficulté psychique, sans parler des autres.
C’est ce passage du jour des 18 ans qui est souvent (et dramatiquement à mes yeux), vécu comme une terreur par un jeune pris en soins en France, assimilé au jour où il va, une fois encore, « être je-té ». Comme si un jour vous êtes mineur et donc avez droit à une protection, le lendemain jour de vos 18 ans, vous êtes majeur donc « beaucoup plus grand dans votre tête ! ». Il me semble absurde de croire, ou même de feindre de croire qu’en termes psychologiques, il y a des caps aussi tranchés. La maturation traumatique ne touche pas tout le monde de la même façon. Même en reprenant l’image de Ferenczi, du fruit piqué par un oiseau, tous les fruits piqués ne changent pas à la même vitesse.
Etre mineur isolé, c’est-à-dire être mineur, sans sa famille, (quelles que soient les nuances à apporter au terme “ famille ”) et à l’étranger, par rapport à son pays d’origine. Tous ces termes réunis font le lit d’une histoire, peut être pas systématiquement traumatique, mais douloureuse, et dans mon expé-rience, particulièrement tragique et insoutenable.
On m’objecte parfois que tous ne sont pas isolés, qu’ils ont de la famille en France, qu’ils ont quel-qu’un à qui ils téléphonent, qu’on se demande si tout cela n’est pas que manipulation pour les faire prendre en charge etc etc… Et même si…. une famille qui pour quelque raison que ce soit, de la meil-leure (moins mauvaise) à la pire, vous laisse seul vous débrouiller dans le système de « protection de l’Enfance » n’est-ce pas une famille « traumatisante » ? C’est à minima une famille qui fait défaut au moment présent.
Parfois le fait de faire défaut peut être lié à différentes causes. Ce défaut peut être de toute sorte de nature : la guerre, qui a fait que les parents sont morts ou ont disparu, le défaut de fonctionnement de la famille qui a fait que celle-ci n’a pas vu à un moment donné d’inconvénient à ce qu’un enfant quitte le pays avec quelqu’un plus ou moins de confiance ; la disparition de membres de la famille, ou comme ce jeune Sri Lankais reçu il y a quelques mois les deux : une partie de sa nombreuse famille avait été tuée par la guérilla, le reste (moins deux enfants, dont lui) par le tsunami ! J’entends souvent parler de ces « situations » comme une espèce de fatalité liée à un état socio-économique, mais si tous les parents de tous les pays où l’on ne mange pas à sa faim, où le travail n’est pas assez rému-nérateur envoyaient leurs enfants à l’étranger, cela se saurait ! et combien émigreraient de France vers un autre « Eldorado ».
Par définition pour moi, ce sont des situations qui poussent à se questionner sur la nature de cette famille, et le vécu de l’enfant dans cette famille là, la globalisation n’est pas de mise ici.
Et puis le fait qu’ils soient étrangers, n’implique pas n’importe quel éloignement de la famille. Certains enfants quittent leur famille à l’intérieur du territoire, restent en famille au sens large, mais les enfants ou adolescents que je reçois sont éloignés de leur famille et de leur milieu de 500 à 5000 kilomètres, voire plus, et savent qu’il n’y a pas de retour possible sans mettre en jeu leur vie !
Il est donc possible, pour moi indispensable, de penser que la situation de Mineur isolé est systéma-tiquement traumatique parce que le fait d’être mineur ou très jeune majeur met ces jeunes gens dans une situation de vulnérabilité qui les expose à très haut taux aux traumatismes, et les mets dans une situation où il ne peuvent être « tranquille », obligés sans cesse qu’ils sont de veiller à se protéger, de se méfier de tout, d’être responsables, de ne jamais pouvoir souffler.
Outre toutes les situations de maltraitance qui se traduisent par la fuite de l’enfant ou par le projet de se servir de l’enfant comme d’une tirelire parce que l’on pense qu’il pourra procurer des revenus une fois à l’étranger, il y a aussi les sévices, les tortures endurés par le père, la mère ou les deux, par les mineurs, toutes ces horreurs qui hantent leur séjour en France.
Une thérapie familiale mais avec quelle famille ?
Par le biais de ce qui représente la famille au sens le plus large, au sens que certains MIE ont compris quand, même face à l’effroi pudibond ou dogmatique de certains éducateurs ou thérapeute, ils en viennent à demander à être autorisés à appeler leur thérapeute « tonton » ou leur éducatrice « maman » ou plus simplement les intitulent-ils ainsi tranquillement dans le répertoire de leur portable. Combien n’ai-je pas entendu de jeune conter avec surprise les réactions parfois violentes de la per-sonne en face d’eux qui s’entend appeler de ce qualificatif qui après tout n’avait pas le même sens « chez eux » que chez nous. Et qui pourtant vient donner une connotation protectrice à des institu-tions qui parfois ne le sont pas ! un mineur s’est vu remettre en place par son éducatrice quand il de-mandait un rendez-vous avec moi « mais qu’est ce qu’il te fait donc pour que tu veuilles ainsi aller le voir si souvent ?… c’est quand même pas ton père !» A cette étrange conception de la relation d’aide ce gamin brillant devait répondre « disons que je vais voir mon beau-père ! ». Pour avoir le dernier mot, que ce gamin lui laissa bien volontiers et avec raison,… l’éducatrice devait ajouter « tu verras lui aussi, il te laissera tomber ! ». Rester pantois ou faire un signalement devant une telle « maltraitance ? ».
Une « famille » qui peut être formée par un réseau composé des intervenants sociaux de l’Aide So-ciale à l’Enfance, la famille d’accueil, ou les éducateurs référents ou « choisis » comme tels par le mineur. Ces personnes devenant peu ou prou, volontiers ou à leur corps défendant, des « substituts parentaux », au moins des personnes qui portent la responsabilité de faire « grandir » un ou une jeune en difficulté.
Ce n’est pas toujours situation aisée, elle l’est d’autant moins que si le traumatisme atteint, bouleverse à celui qui l’a vécu et qui se sent « hanté » par lui et par ses conséquences, il peut aussi bouleverser ceux qui en reçoivent le récit. Le traumatisme structure tous les êtres humains: c’est à dire qu’après un traumatisme, il n’est plus possible de vivre sur les « repères d’avant ». C’est le traumatisme qui crée les nouveaux jalons ; c’est la nouvelle expérience de référence par rapport à laquelle l’on fonc-tionne. Chez les enfants, ce constat est encore bien plus puissant
Car l’adulte a eu le temps de se forger une personnalité avant le traumatisme, même s’il y a eu un aménagement autour du traumatisme, une traduction, des sublimations de tous ces événements mis bout à bout qui se sont passées et qui ont abouti à la personnalité de l’adulte. Il y a des choses qui resteront inchangées toute la vie, imprimées, mais heureusement d’autres qui pourront évoluer selon les circonstances.
Chez les enfants, les adolescents, la traduction du traumatisme ne passe pas par les filtres multiples qui ont forgé la personnalité de l’adulte. La traduction est beaucoup moins complexe, beaucoup plus directe. Il y a un lien qui peut paraître simpliste mais qui existe entre les comportements, les dires et les attitudes des enfants et leurs expériences vécues. C’est une réalité parfois difficile à entendre parce que cela nous met tous en cause finalement car on a tous été enfant, parfois parent, mais c’est vrai que l’enfant se construit par rapport à ses références. Et quand il y a une expérience aussi puis-sante que le traumatisme, elle va avoir un effet très fort sur les comportements, les attitudes, les croyances de l’enfant.
Revers de la médaille, j’ai toujours comme exemple celui de la pâte à modeler. On n’en trouve plus guère comme celle que mes parents me donnaient, en bâton de différentes couleurs, réunis en forme de cube. Au début, sortie de l’emballage, elle était souple malléable. Après un moment d’utilisation elle avait tendance à durcir, à se rigidifier… à ne plus supporter les déformations, à perdre des mor-ceaux, à ne pas vouloir se recoller.
Je suis convaincu que l’on peut comparer les capacités plastiques du psychisme de ces jeunes gens à la pâte à modeler. Je n’ai jamais vu un adulte récupérer ad integrum de la torture, (comme j’aime à le dire on ne traverse pas à pieds une rivière sans ressortir mouillé, et même séché il reste toujours un peu de poussière) j’ai vu une grande majorité de ces jeunes garçons et filles se redresser, se remettre en route, réussir. On a eu beau taper fortement sur le bloc de pâte à modeler, on a pu l’écraser, l’aplatir, il est possible si on s’y prend avec soins, avec soins, de redonner la forme quasi originelle à l’ensemble, la couleur est un peu mélangée certes, mais la forme est redevenu celle d’origine. Chez les adultes c’est beaucoup moins évident. Les coups ont fait sauter, se détacher des fragments durcis, plus ou moins importants. La partie plus malléable se reforme, se remet en forme, mais on n’arrive pas à réintégrer les petits ou les gros fragments qui ont été brisés, détachés. Les séquelles sont plus évidentes, plus gênantes. Contrairement à ce que certains déclarent, je suis convaincu que l’on ne peut guérir de la torture, des traumatismes graves, au sens médical du terme . Je suis par contre tout aussi convaincu que l’on peut consolider, toujours au sens médical du terme les séquelles laissées par cette effroyable machine à déstructurer. Bien sûr, même chez les jeunes que nous recevons l’étendue des séquelles est variable, le mélange des couleurs de la pâte à modeler est plus ou moins marqué, mais la plasticité est là. C’est un formidable gage d’espoir .
Le constat que la modification de la modification de l’état psychique d’un membre de la famille retentit sur le système familial est très puissant dans le cas de traumatisme et vient parfaitement s’appliquer à ce que l’on peut appeler la thérapie de réseau. Ce que j’essaie de faire avec ce qui peut sembler être un assemblage familial hétéroclite, qui n’aurait de familial en apparence que le nom, est de débloquer une situation en proposant une alternative au scénario écrit, accepté voire… habituel. Essayer de sortir du système n’est pas simple en thérapie familiale, il est parfois encore beaucoup plus compliqué en thérapie de réseau tant les résistances institutionnelles peuvent parfois être grandes ou vécues comme des mises en accusation ! tant les comportements des uns et des autres n’ont pas « bénéficié » de l’adaptation proposée par la vie ensemble sur des années.
Il n’y a d’ailleurs pas que l’institution qui se sente mise en accusation, le ou la mineur(e) peut parfois, de par sa simple appartenance « ethnique » se sentir accusé(e). un exemple : ce que j’ai vécu avec les enfants de Sierra Leone, du Nigeria, ou du Liberia et qui a été ma première rencontre avec des mineurs enfants soldats ou ayant vécu des exactions pires que tout ce que j’avais entendu jusque là. Je pensais après 4 ou 5 ans de soins aux victimes de torture, avoir touché le fond des récits horribles. C’était vrai jusqu’à l’arrivée de ces adolescents martyrisés au-delà de tout. J’ai vraiment été contraint de dégringoler encore un « paquet de marches ». rendre acteur des enfants d’horreurs insoutenables est à mon sens un des pires crimes contre l’Humanité. C’est une insondable violence qui leur est faite. Je me souviens de l’effet que me firent les propos de ce mineur qui avait tué à maintes reprises quand il me déclara « c’est seulement en te rencontrant que j’ai compris que ce que k’avais fait n’etaitpas bien ». ce jour là j’ai compris que parfois l’acte thérapeutique pouvait se résumer à un « désenseignement ».
Comment ne pas vouloir « désenseigner » quand ce qui a été appris relève de l’absurdité pure et sim-ple comme de vouloir transformer un enfant en soldat !
La place de l’enfant est constamment foulée aux pieds dans le monde moderne, sur fond de discours solennels sur la fin de l’esclavage, de respects des droits de l’enfant, d’égalité des chances, d’éduca-tion pour tous, de démocratisation par Internet et j’en passe. J’ai croisé beaucoup d’enfants qui avaient souffert au-delà de tout d’avoir été mis à une place impensable : celle de soldats.
Ce drame est venu s’imposer il y a une dizaine d’année quand sont arrivés les enfants de Sierra Léone. Ils avaient certes vécu le drame d’avoir été enrôlés, utilisés, mais, pour tous ceux que nous avons reçus, ils avaient vécu l’expérience « initiatique » d’être confrontés à la violence dans ce qu’elle doit avoir de plus absolu. Contraints qu’ils avaient été, sous menace de mort d’assister qui au viol de sa mère, de ses soeurs, à l’amputation sauvage de bras de jambes de ses frères, sœurs ou voisins, au massacre de toute la famille et j’en passe, sachant ce que les mots peuvent faire mal. Un des jeu-nes patients, parmi les plus éprouvés; avait été contraint de jouer au football avec la tête tranchée de son père.
Pareils « spectacles » transforment ces adolescents en témoins impuissants. Toute réaction, aussi dérisoire soit-elle, les mettrait immédiatement en danger de mort, l’inimaginable colère qu’ils emmaga-sinent fait le lit de la violence, de l’identification à l’agresseur.
Comment imaginer qu’il existe aujourd’hui encore des adultes capables de « donner cet exemple »? capables de mettre des kalachnikovs dans des mains d’enfants, et de leur faire croire qu’un gri-gri, qu’une piqûre ou qu’une cigarette magique les rendra invincibles. Comment ces gamins peuvent en-core croire que le rôle de l’adulte est de protéger, de donner les règles? Certains avaient été au com-bat à 8 ans, ils avaient été nommés « sergent chef » à 11 ans parce que les autres avaient 9 ans.
Les médias ont diffusé de nombreuses images d’enfants combattants ; ils n’ont montré souvent que des regards durs, des mains trop petites pour les AK 47 ou les machettes, vignettes du pittoresque atroce dont l’époque est friande, mais il est frappant que l’on ne montre que des enfants noirs.
Comment ne pas penser aux enfants colombiens embrigadés par les FARC? Mais aussi pourquoi ne pas balayer devant nos portes, si près de chez nous? Pas seulement en se rappelant ces images terribles d’un Hitler, qui, sortant un instant de son bunker, quasiment sans plus d’armées, pinçait « paternellement » la joue d’un gamin de Berlin en feu pour lui faire croire qu’il pourrait par son combat sauver le IIIe Reich de l’abîme. Mais aussi en pensant aux enfants utilisés en Irlande du Nord, il y a peu, ou en se révoltant du fait qu’il y a 15 mineurs britanniques envoyés combattre en Irak depuis 2003 et parmi eux quatre filles, en dépit de la ratification par la Grande-Bretagne d’un protocole de l’ONU sur les enfants-soldats.
Que l’enfant soit anglais, irlandais, arabe, tchétchène ou africain, il est d’abord un enfant. Son monde a été détruit et son psychisme cabossé en même temps.
Pour moi le psychisme de l’enfant est un peu comme de la pâte à modeler: quand elle est « jeune » un coup l’écrase certes, mais que cette plasticité qui la rend si malléable permet AUSSI toutes les re-constructions.
La thérapie oui, la thérapie familiale de réseau, sans aucun doute mais convaincu que la thérapie ne passe pas que par le « thérapeutique pur et dur » mais aussi par tout ce qui est thérapeutique « sans le savoir… » nous essayons d’organiser régulièrement des auditions de concerts, des sorties à thè-mes, des visites dans les musées, moments ludiques, instructifs, de découvertes. Se soigner sans le savoir, merci Monsieur Jourdain.
Au retour d’une visite au musée des Arts Africains, de jeunes patients sierra-léonais étaient radieux. « C’était formidable, génial, extraordinaire… » devant cet enthousiasme je leur demandais (assez stupidement je le reconnais) si c’était si intéressant parce qu’ils avaient vu des objets qu’ils connais-saient, qui leur « parlaient »?
-oh non pas du tout on n’a jamais vu ce qui est exposé, on n’a jamais vu cela en Sierra Léone, à part peut-être un petit chien couvert de clous ! Mais c’est la première fois depuis qu’on est en France que l’on voit le nom de notre pays accolé à quelque chose correspondant à une mise en valeur, à quelque chose de « beau ».
Avant cet « événement » chaque fois qu’on parlait de leur pays, c’était en termes d’enfants-guerriers, de prostitution, ou de “ manches courtes et manches longues ” référence à la hauteur à laquelle les bras allaient être coupés. Leur pays réduit pour eux, mais aussi et surtout pour ceux chargés de les soutenir » à des images d’horreur absolue.
Le changement c’était le beau, c’était le fait que la Sierra Léone n’était plus rétrécie à la seule guerre qu’elle traversait mais s’élargissait aussi à une culture riche, une culture qui avait des siècles. Qu’elle ne se limitait plus à une histoire, mais entrait dans le cadre élargi de l’Histoire. La culture de ce pays ne pouvait se résumer à quelques années de guerre civile aussi atroce et insoutenable soit-elle !
Etre Sierra Léonais, Nigérian, ou du Libérien n’était plus, de par la magie de cette exposition, une accusation en soi.
Pour le médecin que je suis, comparer leu potentiel de réparation physique, apprend aussi qu’une blessure psychique correctement traitée peut se réparer beaucoup plus vite qu’une blessure laissée à l’abandon.
C’est ce qui fait qu’à l’inverse je ne peux qu’être particulièrement inquiet quant au devenir de ces jeu-nes laissés tout seuls, sans je dirais « soutien humain ». Je n’aime pas trop l’expression, mais elle est très évocatrice de ce que j’imagine : sans un soutien spécifique et approprié, ces adolescent(e)s de-viennent pour moi pareils à des grenades dégoupillées qui peuvent très bien tenir quelques années. On en voit qui réussissent tout de même à s’adapter, mais qui risquent, à tout moment, parfois le plus imprévisible, d’exploser, comme explose la mine enfouie, qui n’explosera que lorsque l’on marchera dessus, parfois au moment le plus inattendu, conséquence d’un évènement qui semblera anodin à l’éducateur, à l’intervenant social mais qui viendra pour cet adolescent(e) s’arrimer de façon plus ou moins compréhensible au vaisseau extraterrestre de l’horreur. La thérapie de réseau trouve là toute sa place, son efficacité quand elle permet de faire le lien entre l’événement anodin et « lacte posé » mais surtout quand elle fait le lien entre l’enfant, les intervenants, le thérapeute !
Ceci amène, d’un point de vue psychique, à considérer que le principal enjeu, dans un premier temps est la structuration. Ce que ces interventions de thérapie familiale de réseau vont permettre est bien de déconditionner par rapport aux expériences traumatiques, et donc de leur donner un cours diffé-rent. C’est aussi de faire comprendre aux intervenants, à la famille d’accueil que, par exemple, les colères brutales, les comportements étranges, ne sont pas aussi « déplacés » que cela mais font bien sens. Un sens qui nous est étranger, mais qui est une évidence pour le psychisme, conscient ou pas de ce mineur isolé et étranger. Étranger à ce qui est état de Droit, mais aussi état de devoirs !
On voit comme le danger est la non-intervention, ou les interventions qui échouent. Alors, l’expérience traumatique va fonctionner comme modèle structurant de la personnalité, va être conforté comme étant une « réalité » un état auquel on ne peut échapper et dans ce cas tout devient, tout est possible, même le pire de nouveau.
Il est important de garder en mémoire comme le dit clairement et concisément Sandor Ferenczi : “ Le choc est équivalent à l’anéantissement du sentiment de soi, de la capacité de résister, d’agir et de penser en vue de défendre le soi propre”.
Définition simple, mais où tout est inclus : la personnalité du sujet n’a plus d’utilité face à l’événement. Pour l’enfant (comme d’ailleurs pour l’adulte), tout ce qui a permis de fonctionner, de s’adapter par aux colères des parents, aux ennuis de la vie quotidienne, devient caduc face à cet événement majeur, incroyable… sidérant. Les ressources personnelles sont devenues absolument inefficaces et annulent ce sentiment d’être quelqu’un.
C’est à ce moment que les traumatismes, quel qu’ils soient, physiques ou psychiques ont à voir avec la mort. Qu’ils font côtoyer la victime avec cet effroi. Car si la mort physique n’est pas au rendez-vous, la mort psychique est là, tout près.
Un acte qui présuppose que la victime n’a pas de volonté, de désir propre et, finalement, d’existence en tant que personne, est une menace de mort. Il n’est pas obligatoire d’avoir été atteint physique-ment pour approcher d’aussi près la mort, S’il paraît évident qu’être violé est un traumatisme à la fois physique et psychique, il est facilement concevable, pour ne pas dire évident qu’assister à un viol est aussi un traumatisme psychique même si le physique n’est pas touché.
Pour les jeunes qui nous occupent, assister à un massacre, même s’il n’y a pas un des agresseurs qui n’ai touché à un cheveu de l’enfant, c’est quand même un traumatisme psychique. Tout comme peut l’être celui de devoir porter des rockets à ceux du front, à aller au front et à n’avoir pour seul façon de survivre que de tuer !
Un exemple simple de ces mines qui explosent sans le savoir, sans que l’autre et parfois même le patient lui-même ne fasse le lien. Dans un champ de mines par définition, personne ne sait où celles-ci sont enterrées, ni la personne qui marche, ni les autres qui la regardent marcher : j’ai longtemps accompagné un jeune patient que plusieurs fois j’ai dû aller voir à l’hôpital car il avait été renversé par des voitures, à un carrefour. Il avait traversé sans regarder. Une hypothèse facile et idiote (même si elle fut suggérée par un des intervenants qui s’en occupait au foyer…) « forcément il n’y a pas de feux rouges dans son pays ». Une réalité : ce jeune homme avait été violé en prison « malgré » son jeune age… lors des viols, les tortionnaires allumaient une lampe rouge pour signaler qu’ils étaient « au travail ». pour échapper à la folie de l’instant, le psychisme se concentrait sur la lumière rouge… C’était ce qui se passait au moment du traumatisme. Une fois celui-ci passé, une fois arrivé en France, dans un deuxième temps, ce mécanisme dissociatif allait continuer à être actif, ce patient continuait à recourir à cette protection à ce mécanisme qui avait été un mécanisme de survie, et ce, à chaque fois qu’il se sentait de nouveau exposée au danger, au feu rouge… celui-ci acquérant en France un tout autre effet protecteur !
Chaque fois qu’il voyait un feu rouge, il était renvoyé à son expérience traumatique et donc il se redis-sociait. Il avait de nouveau recours au mécanisme qui lui avait été utile la première fois.
Ce qui était mécanisme de défense devenant symptôme et devenant présent après le traumatisme, et restant actif…sans prise en soins, quelques mois, quelques années, voire toute la vie. Le feu rouge était devenu « mine », et la vie minée quotidiennement le patient ne la voyant pas avant qu’elle n’explose, ce patient ne la voyait pas non plus après l’explosion et donc se retrouvait à l’hôpital se voyant enjoindre par ses éducateurs « de faire attention ».
Autre terrain miné, celui qui est nourri de l’identification à l’agresseur. Cette protection qui rend la vic-time acteur tant soi peu de son destin. Accepter l’image que le tortionnaire a de vous c’est se retrou-ver amené à finir le travail, d’où les actes qui vont de « se faire mal » au suicide réussi, avec tous les intermédiaires : conduites addictives, suicidaires, automutilations, tentatives de suicide, ou même comme m’expliquait un jeune patient : “ quand je ne suis pas bien, je ferme les yeux et je traverse la rue ”… jeux dangereux, défi, test ? cela l’amenait régulièrement à se faire copieusement invectiver par des chauffeurs, par ses éducateurs, ce dont il se plaignait ne comprenant pas qu’ils ne comprenaient pas ! ça l’a amené aussi 3 ou 4 fois aux urgences de l’hôpital !
Cette identification à l’agresseur peut amener à des conduites dangereuses voire délinquantes, la victime alors se pare du masque de l’agresseur. Et souvent ce qui motive la demande de consultation est ce coté « sale gosse » pour le moins qui exaspère tant les éducateurs
L’horreur même de ce qui a été commis confère parfois une puissance extraordinaire aux agresseurs. Très souvent ils ne parviennent pas à les nommer quand ils les connaissent. Quelques patients, rares, sont parvenus à donner le nom de leurs tortionnaires, en particulier des tortionnaires femmes de Gui-née. Mais la crainte que ce simple nom inspirait se lisait dans leurs yeux « c’était quand même des mamans ». une jeune femme m’expliquant qu’elle avait « même été torturée par des tortionnaires femmes, du sexe masculin !!!! » Qu’il est difficile d’accepter qu’on a croisé une vision du diable ! il est exceptionnel que les patients puissent décrire autrement que de façon fragmentée leurs agresseur. Alors quant à le nommer c’est déjà l’invoquer… quand elles connaissent le nom de leur agresseur, ne peuvent pas le dire parce que c’est déjà lui redonner la présence auprès d’elles. Mais ainsi il n’est plus possible de jamais retourner la violence contre l’agresseur ni d’obtenir justice.
Il est clair que ces jeunes n’obtiendront jamais justice contre l’agresseur réel, que dire des enfants soldats ? comment obtenir réparation de celui qui vous a envoyé au front alors qu’il était celui qui sa-vait ! alors qu’il est actuellement au pouvoir ! Ils ne verront jamais sur le banc des accusés leurs agresseurs, ni ces adultes qui ont si lamentablement jeté aux orties le rôle protecteur des adultes. Jamais ils n’entendront que ce qu’ils ont subi était abject, injuste ! la reconnaissance possible du sta-tut de réfugié ne peut être qu’un pale édulcorant d’un procès. C’est tout juste le versant « victime » qui est reconnu, seulement une hypothétique reconnaissance peut être trouvée dans cette décision. Cer-tainement pas une réparation. Jamais leur agresseur ne sera sanctionné.
Recréer une « famille » dans la cabinet de thérapie c’est un peu essayer de réparer une enveloppe protectrice déchirée, c’est tenter de refermer une porte de l’enfer. Essayer de la repousser est sûre-ment déjà mieux (moins mal) que de la laisser grande ouverte !
Essayer de refermer cette porte c’est par exemple expliquer à tout le « réseau », jeune patient com-pris, que l’identification à l’agresseur se déplace sur des adversaires beaucoup moins dangereux tels le ou la référent(e) de l’Aide Sociale à l’Enfance, l’éducateur, le directeur du foyer, l’enseignant ! que dire de l’OFPRA ! quel ennemi parfait non seulement il fait un travail qui oblige à revisiter son drame, mais en plus il représente l’autorité celui qui s’appelle Officier de protection !
Combien de fois n’ai-je entendu dans le foyer de mineurs où j’intervenais : « les éducateurs ne nous aiment pas, il ne font cela que pour l’argent ils s’en fichent complètement de nous, ils nous maltrai-tent ». Ferenczi appelle cela une falsification optimiste c’est-à-dire que l’enfant se dit : “ les éducateurs me maltraitent parce qu’ils ne me respectent pas, parce qu’ils ne m’aiment pas, parce que je ne suis rien d’autre pour eux qu’un objet, que je justifie leur salaire ”. C’est insupportable, un enfant ne peut pas grandir avec une idée pareille, même dans un foyer, ce n’est pas possible. Une solution est donc de falsifier de façon optimiste la réalité en se disant « ils font ça pour mon bien, pour m’apprendre, pour m’éduquer». Et combien de fois réapparaissent des images de parents « sévères » pour mon bien, d’enfants « élevés à la dure ». c’est pour notre bien !
Expliquer cela lors d’une thérapie de réseau, c’est aborder le cheminement étroit qui fait que plus on est gentil plus on est « mieux que les parents d’origine » plus c’est insupportable… cela ne veut pas dire qu’ils soient condamnés à être frappés pour croire qu’ils comptent pour quelqu’un !!
Le chemin étroit offre son autre versant tout aussi dangereux : le moment où on leur propose un autre mode de réaction entraîne souvent une crise du fait de la démonstration que ce qu’ils ont enduré n’était pas normal !!!
Le miroir du même chemin est tourné également vers les éducateurs et encore plus violemment vers les familles d’accueil qui se croient dans une impasse et vient justifier ces thérapies de réseaux. Séances où l’on essaie de faire tourner les différents rouages dans un sens commun à tous, ce qui donne de bien meilleurs résultats que de se concentrer à faire des efforts pour forcer un rouage à bouger en espérant que les autres « vont suivre ».
Expliquer à des éducateurs, des familles d’accueil, ou à tout autre intervenant que ces mineur(e)s ont, en tant que mineur(e)s traversés des guerres, ont survécus, ont réussi à fuir, à arriver à des milliers de kilomètres de chez eux, à survivre et à se retrouver dans nos villes inconnues pour eux, aux codes parfois étranges ! et qu’il n’est pas simple de vouloir les traiter comme des mineur(e)s qu’ils ou elles sont, mais avec un vécu qui n’a rien à voir avec la minorité ; que par exemple leur proposer des sta-ges d’autonomisation peut avoir un côté «pour le moins déplacé. D’autant plus à côté de la plaque qu’il ne leur aura pas été redonné psychiquement leur place d’enfant, comment se comporter en en-fant quand on a pas eu de place d’enfant. Pour moi thérapeute quel plaisir de voir ces faux adultes « régresser » vers un comportement d’adolescent, réinvestir leur place d’adolescent.
La contradiction se situe souvent dans le fait de leur donner en même temps une place d’enfant qu’ils ne connaissent pas et une place d’adulte qui n’est que maturation post-traumatique. Étant capables de faire un certain nombre de démarches, de gérer eux-mêmes leur argent, de s’habiller, ils sont contraints, ne peuvent vivre autrement cette protection légitime par exemple de la part de l’éducateur, que comme une brimade et un déni de leur vécu. Ils ont fait 5000 kilomètres ou plus pour arriver dans ce foyer de banlieue et on leur interdit d’aller faire leurs courses seuls à Paris. Quel monde extraordi-naire quand même !
Ils se retrouvent également revictimisés par le simple fait que de façon pragmatique il est proposé par exemple à un jeune homme brillant, un « choix » entre un CAP de maçon ou de carreleur alors qu’à la question qu’est ce que tu voudrais faire, exprime ton choix… il avait répondu archéologue ! même s’il m’arrive de trouver beaucoup plus sain que devant un tel non-choix devant un tel décalage entre la demande et la « réponse » ils se fâchent. En effet comment ne pas craindre pour l’avenir d’un adoles-cent qui, formaté par les expériences traumatiques, accepte sans broncher, de renoncer à ses compé-tences, à ses désirs, à ses rêves ! Que dire de la hargne de cet adolescent qui voulait être archéolo-gue et a qui fut proposé un stage de carreleur « c’est pareil tu es à genoux et tu grattes le sol !!!
L’incompréhension qui vous retransforme en victime associée au fait qu’ils n’existent que comme vic-times peut vite devenir un cocktail particulièrement explosif ! ils ne peuvent dans tout leur trajet en France exister que comme victimes, mais qui dit demande d’asile, qui dit mineur arrivant sur le sol français dit présomption de mensonge. Contrôle de l’âge par ces examens grotesques de détermina-tion de l’age osseux (c’est un vaste sujet) et contrôle, comme souvent des dires de la victime… “ est ce que c’est vrai ? ”, certaines institutions « d’aide » ayant même établi l’obtention de la « vérité » en dogme. Comme si la validation du statut de victime passait par la validation de leur histoire traumati-que. Je suis victime donc j’existe… Voilà un détournement bien cartésien. Eux qui n’ont jamais eu leur vraie place, les voilà placés une fois encore dans une place particulièrement inconfortable.
Combien de jeunes filles me sont amenées parce qu’elles « ont un comportement provoquant vis-à-vis des hommes, quant on ne va pas comme récemment jusqu’à me les présenter comme des éroto-manes ! puissance du diagnostic !!!!
Raisonner de la sorte peut se résumer à croire que le seul avenir « rose » que ces jeunes filles cher-chent en France c’est de venir se prostituer sur un trottoir de la capitale ! la vraie question à se poser, la seule à réfléchir « en réseau » est plutôt, me semble-t-il : qu’a t il pu se passer dans sa vie pour en arriver là. C’est un peu comme cet « adage » ils viennent manger notre pain… de quel pain s’agit il ? celui qui se ramasse dans les poubelles, les colis du Secours Catholique, des Resto du cœur ? est ce vraiment cela qui a pu les pousser à venir chez nous ? comment accepter de donner cette image si l’on a pas souffert de façon insupportable ?
La thérapie de réseau pour les MIE peut proposer l’ébauche d’un cadre éducatif qui n’ignorerait pas l’histoire traumatique de l’enfant, qui n’essaierait pas de faire l’économie de la compréhension de la souffrance mais qui ne résumerait pas l’histoire à l’événement ou malheureusement aux événements traumatiques à répétition
mettre des frontières à l’agresseur qui sommeille dans ce jeune victime, fait que la partie victime sa-che que l’on ne laisse pas faire l’agresseur. Ceci ébauchant le message que les agresseurs ne sont pas toujours les plus forts. Ceci venant diminuer la puissance de l’identification à l’agresseur.
Il faut pouvoir dire à la victime “ je ne peux pas te laisser agresser les éducateurs mais je peux com-prendre que ce qui s’est passé t’a renvoyé à ce que tu as vécu, mais même si tu te sens très mal en ce moment, je ne peux pas te laisser te comporter comme ça ”. le réseau est très utile dans ce travail compliqué et nécessite en permanence un travail sur soi même ; il devient nécessaire de tout le temps remettre en question ce que l’on ressent.
l’identification à l’agresseur, par exemple devant une insulte de type raciste peut passer pour cet en-fant maltraité et victime de racisme, peut être double : double identification aux deux agresseurs : l’une à l’agresseur raciste “ si je suis mauvais, c’est parce que je suis noir » (par exemple), l’autre à son autre agresseur qui est sa famille maltraitante. Il peut être plus simple de se réugier dans l’identité du mauvais : “ il vaut mieux être mauvais que de ne pas avoir l’identité du bon ”.
Il faut aussi prendre en compte la différence « culturelle » : une famille d’accueil blanche qui est bien-veillante, cette bienveillance même risque de renforcer le biaisage de l’échelle de valeur et peut ame-ner à des idées chez l’adolescent, du type : « ils sont bienveillant et ils sont bons parce qu’ils sont blancs. Mais moi qui suis noir, je suis de cette grande famille des mauvais ». sujet délicat mais qui doit être abordé, car qui peut faire l’économie des expression « voir tout en noir ». la famille d’accueil ou le ou la référente qui exprime cela devant un désarroi par exemple, n’a pas le moindre « racisme » à l’esprit au moment où elle le dit, ni la moindre intention désagréable, mais il y a fort à parier que pour le jeune noir cela soit reçu fort différemment ! comment ne pas comprendre la colère d’un jeune Nigé-rian dont les parents chrétiens, avaient été tués par des musulmans dans un des multiples conflits de ce pays. Son problème était simple, il avait en urgence été placé, dans une famille d’accueil musul-mane, pendant le ramadan, et dans laquelle il était arrivé à midi. Quand il avait dit qu’il avait faim, on lui avait répondu qu’il ne mangerait que le soir. Il n’avait pas défait son sac et … était parti !
La thérapie familiale de réseau pour des mineurs étrangers isolés peut devenir le lieu où les diffi-cultés, les incompréhensions, les contraintes institutionnelles peuvent s’expliquer, se dire, essayer de se comprendre. S’apaiser. Elle demande un effort de tous, mais c’est justement la preuve que tout le monde fait un effort, ou des efforts, dans le but primordial que « cela aille mieux » qui ouvre le champ des possibles pour ces jeunes, garçons ou filles, qui n’ont le plus souvent, jamais vécu d’autres situa-tions qu’arbitraires, qu’abus de pouvoir ou que perte des repères « confiances » et « protection ».
Ceci impose de « tenir bon » mais à ce prix, à l’aune de ces efforts des différents intervenants, se mesurent les progrès et s’ouvre une vie apaisée.
Docteur Pierre Duterte
Psychothérapeute – Thérapeute familial
© Docteur Pierre Duterte Psychothérapeute – Thérapeute familial 