- un article du Dr Pierre Duterte
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Editions Universitaires Europeennes

Le Poids Des Identites
mémoire et traumatisme chez Aki Shimazaki
Dimanche 3 avril 2011
absence et exil, enfants absents
L’exil et l’absence
Voir s’ajouter l’absence d’enfants restés au pays, perdus en route, dont on est sans nouvelles, aux traumatismes vécus au pays, à la torture, aux compromissions imposées par le tra- jet migratoire et à l’exil est une épreuve particulièrement in- supportable.
Elle place le ou les patients devant une autre impossibilité de parler, souvent même d’évoquer ces enfants « absents ». L’indicible s’étend aux membres de la famille. Le thérapeute confronté à cette incroyable réalité se trouve mis dans une position des plus délicates. Accueillir ces enfants absents en séance, un nouveau défi.
La disparition, qu’elle soit d’un enfant ou d’un adulte, ne per- met pas l’accompagnement d’un deuil, le soutien pour essayer de tourner une page. Au contraire elle impose au patient de vivre dans l’incertitude, de gérer en permanence un effroy- able et inquiétant doute. Elle impose également la vie dans la permanence d’un temps distendu, où l’attente devient inter- minable, sans fin envisageable.
Attente qui vient s’ajouter à l’attente des papiers, du logement, du travail, etc. un temps d’attente, un temps figé.
Une fois expérimentée en France la très aléatoire sécurité, une fois le pied posé en terre « d’accueil » et la découverte de ses conditions de vie des plus précaires ; une fois que re- viennent avec intensité les séquelles traumatiques, les sou- venirs qui hantent l’esprit et mangent la mémoire, comment accepter l’idée même de la vie des enfants restés au pays ? Cette intolérable absence que des parents ne peuvent à l’évi- dence accepter. Le seul « refuge » s’installe alors : l’impos- sibilité de penser.
Tout thérapeute, comme tout être humain, a malheureusement eu à expérimenter le deuil dans sa famille, la perte d’êtres chers, mais comment imaginer la disparition ?
Certes quand un enfant disparaît, que la télévision et les autres médias s’en font écho, l’on est amené à essayer «d’imaginer». Mais il n’y a pas, dans ces cas tragiques, de chape de silence qui s’abat. Au contraire les forces de l’ordre coordonnent les recherches, des moyens importants sont mis en place, la fa- mille se voit entourée dans son « absence ». Le plus souvent des associations se créent, des voisins des amis, des incon- nus se lancent à la recherche. Dans l’horreur les parents ne sont jamais seuls. Le village, le quartier est mobilisé. La so- ciété joue son rôle !
Pour ces enfants laissés au pays qui se mobilise? Qui accom- pagne ces parents perdus, qui entoure, qui participe à ces im- possibles recherches ? Leur solitude face au malheur est totale.
Qui vient soutenir cet espoir insensé que des enfants pour- ront survivre dans la guerre? Au cœur de la terreur? Qui vient accompagner l’espoir qu’ils ne deviendront pas les victimes expiatoires des militaires, des tenants des dictatures toujours promptes à transférer la terreur?
Docteur Pierre Duterte
Depuis juin 2009 je suis membre de la Société Française de Thérapie Familiale
Contrairement à une idée bien ancrée dans les esprits, la torture ne sert pas à faire parler mais au contraire, à faire taire. Taire non seulement la victime mais aussi par un effet communicatif de la terreur, faire taire l’entourage, la presse, l’opposition.
Elle n’empêche pas d’écrire.
Dans ce livre, le Docteur Duterte propose de partager quelques portraits de victimes au travers de leurs récits, fragments des échanges qu’ils ont eus ensemble. L’inimaginable de la torture fait qu’il est difficile d’appréhender l’enfer par lequel sont passés les milliers de patients qu’il a reçu depuis 1984. Par quelques portraits sont mis en exergue la résistance, le courage, l’Humanité avec un très grand H de ces hommes, femmes et enfants qui ont eu, pour des raisons toutes injustifiables, à endurer ce que l’inhumanité à produit de plus fort. C’est bien l’appartenance à l’humanité qui se dégage de ce livre, cette humanité qui devient ici la façon la plus admirable de contrer, de mettre en échec la barbarie des tortionnaires. Même s’ils se croient parfois battus, écrasés ces hommes et ces femmes sont la preuve évidente de l’échec des bourreaux. C’est le courage, la victoire des victimes qui se dégagent de ces pages terribles.
Né en 1953, à Tourcoing dans le Nord, sitôt médecin le docteur Pierre Duterte s’installe pour deux septennats de pratique de la médecine générale de campagne à Arleux (de mai 1981 à juin 1995). En 1994 il s’engage comme médecin bénévole, puis en 1995 devient salarié et enfin médecin directeur d’un centre de soins pour victimes de torture. En 2001 il co-fonde l’association Parcours de Jeunes, puis ouvre en 2002 le Centre de Soins Parcours d’Exil. En 1994 il est nommé Généraliste d’Or pour son activité professionnelle et ses engagements. C’est l’aboutissement d’un long processus qui a commencé par la lutte contre la peine de mort, en particulier aux États-Unis et ses deux rencontres avec des condamnés à mort dans une prison du Texas, qui l’a amené de la médecine générale à ces années de prise en soin de victimes de torture et d’atteintes aux Droits Humains
© Docteur Pierre Duterte Psychothérapeute – Thérapeute familial 