L’approche systémique permet de penser la manière dont les intervenants peuvent repérer et déjouer « l’invitation à la répétition » (Mony Elkaïm) faite par les victimes. La certitude acquise dans la souffrance ou/et la terreur qu’elles ne peuvent échapper à l’abus de pouvoir, à la violence, aux agressions sexuelles, à l’humiliation, ou même simplement aux difficultés empêche de fait tout « changement ». Imaginer que la famille ne peut pas « tourner autrement » … depuis le temps que ça dure !
Chaque intervention qui s’affranchit de cette place assignée dans l’histoire de la personne victime ouvre de nouvelles possibilités. Ouvrir un champ des possibles, c’est déjà une bouffée d’air !
Le manque de prise en compte de la souffrance vécue, la banalisation ou la minimisation aggravent les symptômes parce qu’ils justifient le maintien des défenses psychiques. Trop souvent, le parcours des victimes est heurté de petites phrases « assassines » pour la réparation psychique : « C’est pas possible ! », « Pourquoi avez-vous tant attendu pour en parler? », « N’en parle pas ça tuerait ton père ? » ; ou de silences plus glacés que « neutres » qui, involontairement, par la reproduction de la difficulté amène à se replier.
Dans le cadre d’une thérapie familiale, il est possible de restituer à chacun une place aussi positive que possible et correspondant à l’âge et au rang généalogique. Les souffrances, la détresse, les sentiments d’abandon peuvent également se parler sans que les enfants ou le conjoint ne soient exposés à la violence des faits. La parole peut être libérée et la famille intégrer progressivement les difficultés. La thérapie familiale devient un lieu de thérapie de reconstruction.
© Docteur Pierre Duterte Psychothérapeute – Thérapeute familial
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